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Les heuristiques du jugement

Les heuristiques du jugement

 

1-      Définition :

Les heuristiques du jugement sont des opérations mentales automatiques, intuitives et rapides. Ces raccourcis cognitifs sont utilisés par les individus afin de répondre aux exigences de l’environnement.

Les heuristiques permettent aux individus un gain de temps car en les utilisant, ils ne tiennent pas compte de toute la complexité des informations pertinentes à la situation. Cependant, elles mènent parfois à des biais[1] et des erreurs dans la prise de décision.

 

2-      La perception, « la carte n’est pas le territoire » :

La perception est un processus de sélection, d’organisation et d’interprétation des impressions sensorielles visant à donner une signification à l’environnement. Des études, dont la PNL, montrent de façon unanime que plusieurs personnes peuvent observer une même chose et la percevoir différemment. Par exemple un manager peut interpréter comme signe de laxisme, de manque d’organisation le fait que son collaborateur ait besoin de plusieurs jours pour prendre une décision importante. Par contre, un autre manager travaillant avec le même collaborateur y verra la preuve de réflexion, de minutie et de délibération. Le principe est que chacun dispose de sa propre carte pour concevoir le territoire autrement le monde et interprète ce qu’il voit et s’y réfère comme réalité, puis agit en fonction de ses perceptions.

 

3-      Les raccourcis de jugement

Les personnes ont recours à divers raccourcis pour juger. Ils développent des stratégies mentales implicites leur permettant de compenser la difficulté à percevoir et interpréter les actes des autres. Grâce à ses stratégies mentales, leurs perceptions sont souvent plus correctes et leurs prévisions s’appuient sur des données valides. Mais le procédé n’est pas infaillible et peut semer la confusion. Il est donc intéressant de comprendre de quelles façons ces raccourcis peuvent fausser le jugement (voir tableau ci-après) :

 

 

Raccourci



Description

Déformation

Sélectivité

 

 

 


Similitude

Supposée

 



Stéréotypes

 



Effet de halo



Prophétie auto-réalisatrice

(effet Pygmalion)

 

 

Des individus assimilent une partie de ce qu’ils observent en fonction de leurs centre    d’intérêt ; de leurs expériences et de leurs  attitudes.

 

 

des individus supposent que les autres sont comme eux.

 

 

 

des individus jugent les autres

en fonction de la perception du groupe auquel ils appartiennent.

 

 

 des individus se forgent une impression par rapport à un trait unique.

 

des individus perçoivent les autres d’une certaine manière et ces derniers adoptent un comportement cohérent avec la perception que l’on a d’eux.

 

 

une analyse rapide d’autrui peut conduire à un portrait inexact.

 

 

 

 ne prend éventuellement pas en compte les différences individuelles, d’où des comparaisons erronées.

 

 


débouche éventuellement sur des jugements inexacts car nombre de stéréotypes ne sont pas fondés.

 

 

 

ne prend pas en compte le profil complet d’une personne.

 

 peut conduire au comportement attendu au lieu du comportement véritable.

 

 

 

 

 

 

-          Etant donné que les personnes ne peuvent pas assimiler la totalité de ce qu’elles voient, elles sont sélectives et ne gardent que des extraits de l’ensemble des éléments perçus. Le choix n’est toutefois pas aléatoire mais au contraire bien pensé en fonction des centres d’intérêt, de l’éducation reçue et des expériences accumulées de l’observateur.

-          Il est facile de juger autrui si nous pensons qu’il est identique à nous. Avec la similitude supposée, la perception de l’observateur est davantage influencée par ses propres caractéristiques que par celles de la cible. Par exemple, si vous attendez de votre travail défis et responsabilités, vous pouvez penser qu’il en est de même pour les autres. Certes, votre entourage peut être à votre image ; le plus souvent toutefois, il possède un autre profil.

-          Lorsque nous jugeons une personne par rapport à la perception que nous avons du groupe auquel elle appartient, nous utilisons le raccourci de stéréotype : « les employés les plus âgés sont moins productifs » ; « la plupart des femmes refusent une promotion sous forme de mutation » etc. Entretenir des stéréotypes conditionne la perception et fausse le jugement s’ils ne sont pas fondés.

-          Si vous vous forgez une impression sur quelqu’un à partir d’une seule caractéristique (intelligence, sociabilité, apparence,  …), vous êtes sous l’influence de l’effet de halo. Ce dernier est par exemple fréquent chez des professionnels d’entreprise jugeant leurs formateurs, car ils isolent un trait unique et y cantonnent leur perception. Ainsi, un formateur peut être à la fois sûr de lui, bien informé et très qualifié ; s’il manque toutefois d’enthousiasme, il sera considéré de façon négative en dépit des autres caractéristiques.

-          Un autre raccourci de jugement concerne les attentes des managers envers leurs employés : il s’agit de la prophétie auto-réalisatrice (ou effet pygmalion), à savoir la façon dont un dirigeant perçoit des personnes et comment celles-ci adoptent en retour le comportement correspondant aux attentes. Par exemple, si un manager attend d’excellentes performances de ses subalternes, il n’a guère de risque d’être déçu car ces personnes travailleront (ou renverront la perception de travailler) en conséquence. De la même façon, si ce manager est convaincu d’être à la tête d’un groupe d’employés aux résultats médiocres, ces derniers se comportent en accord avec cette idée, laquelle deviendra alors réalité, mais oh combien dévastatrice !

-          L’heuristique de disponibilité : désigne un mode de raisonnement qui se base uniquement ou principalement sur les informations immédiatement disponibles en mémoire sans chercher à en acquérir de nouvelles concernant la situation. Cette heuristique du jugement peut engendrer des biais cognitifs qui peuvent être organisés en 4 catégories : les biais qui découlent de trop d’informations, pas assez de sens, la nécessité d’agir rapidement et les limites de la mémoire. Les infox ou fake news par exemple s’appuient sur ce phénomène pour être influentes sur les réseaux sociaux grâce à leur algorithme (facebook, twitter,youtube …). En conséquence, les internautes se contentent des informations proposées sans vérifier ni comprendre celles-ci. De même, les médias ont une responsabilité dans la construction de l’opinion publique dans le sens où un sujet répété de façon récurrente paraîtra très important au spectateur et qu’il induira chez lui une réaction d’en parler autour de lui ce qui accentue le phénomène. A l’inverse, un sujet peu ou non traité sera perçu par le spectateur comme sans importance ou inexistant indépendamment de ses conséquences réelles.

Face à l’avalanche des informations reçues tous azimut, il faut garder la clairvoyance et être circonspect afin que le tri n’aboutisse pas à des raccourcis de jugements et partant à des erreurs et dysfonctionnements de raisonnement.

 



[1] Tendance à s’écarter de la norme ou de la rationalité dans le jugement ce qui permet de tirer des conclusions illogiques au sujet d’autres personnes.

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